Mme Solange Delphine Adidjatou IYALOLA

Le parcours exceptionnel d’une Assistante sociale depuis plus de quarante ans.

Mme Solange Delphine Adidjatou Iyalola SAÏZONOU épouse TOURÉ incarne, depuis plus de quarante ans, l’engagement et la persévérance au service du développement social au Bénin. À travers un parcours riche et profondément humain, elle a contribué à façonner l’image du métier d’assistant social et à inspirer plusieurs générations de professionnels.

Une vocation née très tôt

Déjà en classe de troisième, son rêve était clair : travailler dans le social. À travers les documents envoyés par un parent vivant en France, elle découvre le métier d’assistante sociale et décide, contre vents et marées, de se lancer dans cette carrière. Si sa première ambition était de devenir sage-femme, c’est finalement l’assistance sociale qui s’impose à elle comme une évidence. « J’ai voulu faire du social, aider les personnes en difficulté. »

Son père, soucieux de son avenir, lui demande d’attendre le baccalauréat. Elle l’écoute, puis s’inscrit au concours des aides assistants sociales en secret. C’est seulement après la publication des résultats que son père découvre son choix, qu’elle assume pleinement.

Engagement de longue durée au service des personnes vulnérables

Au cours de son parcours, elle effectue un stage au centre social d’Akpakpa, renforçant ainsi ses compétences de terrain et sa compréhension des réalités sociales. Admise en 1979, elle commence ensuite sa carrière comme aide sociale dans les centres sociaux, notamment dans les villes de Pobè et de Porto-Novo (Ouando), où elle contribue activement à l’ouverture du centre social.

Son engagement l’a conduit par la suite à exercer au service social du CNHU ainsi qu’auprès des PME d’Abomey, où elle met son expertise au service des populations vulnérables et du monde professionnel.

Pendant plusieurs années, elle œuvre auprès des familles et des enfants, notamment dans les programmes de nutrition, de récupération nutritionnelle et de soutien aux populations vulnérables.

Elle découvre rapidement que la réalité du terrain diffère parfois des descriptions idéalisées qu’elle avait lues. Mais la passion pour le métier l’emporte. Elle continue de s’investir, consciente de l’impact de son rôle.

Choix audacieux : retourner aux études pour évoluer

Au bout de vingt (20) ans de service, elle prend une décision majeure : reprendre les études. Mère de famille, elle parvient à concilier ses responsabilités personnelles avec ses ambitions professionnelles. Elle intègre l’École Supérieure des Assistants Sociaux, marquant ainsi une étape charnière dans son parcours.

Animée par une volonté constante de progression, elle franchit un nouveau cap cinq ans plus tard, à la veille de sa retraite, en reprenant les bancs à l’ENAM pour un Master en Administration du Travail. Cette formation lui permet d’obtenir un reclassement de la catégorie A3 à A1.

Comme elle le souligne avec fierté : « C’est une fierté d’être allée au bout de ce projet, malgré les obstacles. »

Expériences marquantes et des vies transformées

Au cours de sa carrière, Mme Saïzonou a participé à des missions variées : centres sociaux, service social du CENOU, service social de la justice. Elle raconte notamment des cas qui l’ont profondément marquée. Parmi eux, l’histoire d’un enfant en grande détresse, abandonné dans une cour, pesant à peine trois kilos à trois ans. Grâce à son intervention et au soutien d’une femme du quartier, l’enfant est sauvé. « En neuf mois, son poids avait doublé. Je suis satisfaite d’avoir sorti cet enfant-là. »

Elle évoque aussi le cas tragique d’un mineur emprisonné accidentellement suite à la mort involontaire d’un enfant qu’il transportait. Oublié pendant vingt ans derrière les barreaux, ce jeune homme devenu adulte reste pour elle un souvenir douloureux. « Je l’ai retrouvé barbu, vingt ans après toujours en prison … Je n’ai pas pu dormir. »

Malgré les difficultés, ces moments montrent la profondeur du métier et la responsabilité humaine qui pèse sur les épaules des assistants sociaux.

Engagement nourri par la satisfaction morale

Ce qui a toujours porté Mme Saïzonou, c’est la satisfaction de voir une vie s’améliorer, un sourire revenir, une famille retrouver l’espoir. « Aider l’autre à résoudre ses difficultés procure une grande satisfaction morale. »

Mais elle rappelle aussi la réalité du métier au Bénin : l’assistance sociale exige du cœur et du sacrifice. Il ne s’agit pas d’un métier d’argent, mais de service. 

Message pour les jeunes générations

À ceux qui souhaitent embrasser la profession, elle adresse un message fort et authentique : « Il faut avoir la vocation, aimer ce qu’on fait et aimer son prochain. Sans ça, on ne peut pas réussir. »

Elle prévient toutefois : l’assistance sociale est une mission exigeante, une vocation, presque un sacerdoce. Il faut savoir donner, parfois sans recevoir. Il faut également apprendre à distinguer les véritables détresses des manipulations, une compétence essentielle que seule l’expérience permet d’acquérir.

Par son parcours remarquable, Mme Solange Delphine Adidjatou IYALOLA rappelle la noblesse du métier d’assistant social. Son histoire illustre le rôle vital de ces professionnels dans la société béninoise : protéger, accompagner, redonner de l’espoir, transformer des vies. À travers des parcours comme le sien, l’ANAS Bénin continue de mettre en lumière celles et ceux qui ont consacré leur vie au service du bien-être social.